foxUn mois tout juste après la conclusion de conférence de Durban sur le climat et l’adoption “historique” de la « plate-forme de Durban », la communauté climatique fini de faire le bilan de cette conférence pour envisager les opportunités et obstacles à attendre pour les mois à venir.

Qu’attendre de 2012?

On ne peut nier que 2012 se présente déjà comme une année particulièrement intense en termes de négociations environnementales… Au cours des six prochains mois, le processus menant à la Conférence Rio +20 va s’accélérer progressivement, avec une augmentation de la fréquence des réunions informelles et autres sessions de négociation.

Dans la période qui précédera la conférence de Rio, les négociations climat seront également le cadre de la session intersessionnelle la plus intense jamais organisée dans ce processus (du moins en termes de nombre de groupes se réunissant en parallèle). Pendant deux semaines à la fin de printemps, la communauté climatique se réunira à Bonn, avec 5 grandes instances de négociation travaillant de manière simultanée (pour les lecteurs adeptes d’abréviations, la réunion rassemblera Juin les sessions de travail de l’OSMŒ, de l’OSCST, du AWG-KP, du AWG-LCA et du petit nouveau, le AWG-DPEA – Groupe de travail sur la plate-forme de Durban pour une action renforcée).

Parmi les tâches énormes attendant les négociateurs (! Lien intra), on peut déjà anticiper des discussions particulièrement compliquées sur les trois éléments suivants: le lancement d’un cycle de négociations renouvelé vers un accord post-Kyoto, l’adoption d’une deuxième période d’engagement sous le Protocole de Kyoto, et l’ouverture d’une réflexion sérieuse sur les moyens permettant de renflouer le Fonds vert pour le climat.

Alors que les négociateurs ont beaucoup de pain sur la planche, à qui font-ils confiance pour diriger cette cuisine-climatique?

L’importance du rôle des officiels présidant les négociations a été démontrée au cours des dernières années: alors que la présidence danoise a été blâmé à juste titre pour son manque de compétence lors de l’échec retentissant de la conférence de Copenhague, le rôle positif joué par la présidence mexicaine à été reconnue de manière quasi-unanime comme ayant été l’une des clefs ayant permit des avancées inespérées à Cancun.

Cette année, les membres d’un des blocs de négociation semblent avoir été particulièrement bien lotis en ce qui concerne la répartition des postes clefs dans les négociations… On s’attendrait à ce que la communauté internationale, réalisant l’urgence et l’iniquité de la crise climatique, ait décidé de donner un rôle plus important à ceux parlant au nom des petites états insulaires menacés par l’élévation du niveau de la mer, ou peut-être aux délégués de l’Afrique sub-saharienne, déjà touchée par des perturbations climatiques aux conséquences dramatiques pour les populations locales.

J’ai peur cependant que le leadership ait pris malgré tout cette année une direction bien différente. Le Qatar a tout d’abord été choisi pour accueillir la conférence annuelle sur le climat cette année (CdP18) et présider ainsi les négociations pendant douze mois. Le Qatar, un membre de l’OPEP – le club des exportateurs de pétrole – est responsable du niveau le plus élevé d’émissions de gaz à effet de serre par habitant (lien!). Chaque année et par habitant, le Qatar met dans l’atmosphère autant de gaz nocifs que trois américains (pas tout à fait un exemple lui-même), ou 10 fois plus que la moyenne mondiale.

Comme présidente de la CdP, le Qatar va pouvoir compter sur le soutien et le leadership des présidents d’autres instances, et plus particulièrement sur les compétences et l’engagement du président de l’AWG-LCA (l’organe de négociation portant sur certains des principaux enjeux à venir). On peut être sûr déjà que le Qatar bénéficiera dans ce contexte d’une position confortable puisqu’un diplomate de l’Arabie Saoudite – la bête noire des ONGs environnementales – a été choisi pour ce poste stratégique.

Cet improbable présidence en duo est susceptible de trouver une autre oreille attentive auprès du Groupe 77-Chine (représentant pas moins de 131 pays). En effet, le pays présidant le groupe cette année n’est autre que l’Algérie, membre de l’OPEP elle aussi. Elle occupera donc cette année une position importante qui n’est pas seulement pertinente dans le cadre des négociations climatiques, mais aussi au sein du processus qui conduira vers la conférence de Rio +20.

Et si l’on avait besoin d’une cerise sur le gâteau, on peut aussi remarquer que la président actuelle du Groupe de l’Asie dans les négociations sur le climat n’est autre que … l’Arabie saoudite. Être le président d’un groupe régional donne certaines compétences permettant ainsi une capacité de nuisance non négligeable, pour peu que le pays en question décide d’utiliser cette position d’une manière obstructive. Cette position pourrait cependant changer bientôt.

Le processus climatique – une réhabilitation menée par les concessionnaires en chef?

Submergé par tant d’indices concordant, surgit alors l’ombre d’un doute. Les négociateurs sur le climat ont-ils complètement abandonnés tout espoir de progrès substantiels dans ces négociations au cours des douze mois à venir? S’en remettent-ils pour diriger notre cure de désintoxication aux énergies fossiles à ceux qui profitent de notre dépendance? Ou s’agit-il juste d’une mauvaise farce? Dans ce cas messieurs dames, pourquoi ne pas pousser le plaisir jusqu’au bout: je suggère la nomination du Canada pour présider les discussions sur l’avenir du Protocole de Kyoto, alors que le pays est le seul à avoir poussé le vice jusqu’à ce retirer de cet accord.

En ce début d’année, essayons donc de maintenir un peu d’espoir et ainsi conserver un certain optimisme. Nous pouvons encore espérer que cette position va mettre plus de lumière sur les agissements des membres de l’OPEP, exposant ainsi leurs manœuvres, leur offrant une réelle motivation de ne pas faire capoter les négociations climatiques. Ou peut-être que ces positions de choix permettront au pays exportateurs de pétrole se rendre compte que leurs ressources n’ont pas d’avenir prometteur sur le long terme, et que leur avenir repose plutôt sur l’anticipation de la transition vers de nouvelles sources d’énergie. Mais cela, je le crains, n’est guère plus qu’un vœu pieux.

Photos: Sébastien Duyck, Marc Aert / FreeDigitalPhotos.net.